Week-end à Hauteroche ou comment savourer le déconfinement (partiel)

Bon déjà le week-end a vu le jour suite à une erreur de localisation. Oui parce qu’il faut le savoir, il y a deux Hauteroche en Bourgogne. Un en Côte d’Or (le bon site) et un dans le Jura. Evidemment, mon cher et tendre et moi, la première fois on s’est pointés dans le Jura. Alors c’est beau hein, mais y’a pas de rochers et on a beau être pleins de ressources, on sait pas encore grimper sans rochers.

S’en est suivie (à peu de choses près) la conversation suivante :

« Bon bah on y retourne le w-e prochain »

« Ils annoncent de la pluie… »

« On s’en fout, les météorologues c’est tous des cons » (celle-là elle est pas de nous. Spéciale dédicace)

« Hey mais attend en plus le w-e prochain on aura peut-être plus de restrictions ! On pourrait organiser une sortie club ! »

Et voilà… parce qu’effectivement la semaine suivante on a eu de nouveau le droit de vadrouiller sur les routes de France sans justificatif et de se regrouper à plusieurs. La (presque) belle vie (oui parce que la belle vie c’est sans couvre-feu et avec les restaus ouverts. Mais faut pas trop abuser non plus).

Nous voilà donc partis dans notre première organisation de « sortie club » (enfin je dis « nous » mais c’était surtout mon cher et tendre. Mais bon il paraît que derrière chaque grand homme… vous connaissez la suite). On avait quelques jours, et heureusement il restait un bungalow libre au camping du coin. Le gérant demande à Monsieur de retourner le contrat signé avec le chèque d’acompte par la Poste. Monsieur explique que nous arriverons avant le courrier. Tout sera donc donné une fois sur place (détail qui a son importance).

Hey mais d’ailleurs y’a qui à cette sortie ??

Petite description de groupe pour ceux qui, comme moi, ne connaîtraient pas encore les habitués, ou pour ceux qui, comme d’autres, ne retiennent pas les prénoms :

Tristan : je pourrais juste dire qu’il est roux. Mais bon c’est un peu réducteur. Il est grand aussi (tout de suite moins réducteur). Et sa longueur de cheveux n’a d’égale que la longueur de sa barbe. On l’a quitté ingénieur en octobre, on l’a retrouvé roots en mai. Bon je crois qu’il est quand même encore ingénieur, surtout au boulot. Et puis il s’est expatrié à 600 kms de chez nous, ça transforme un homme. Mais le plus important à savoir c’est quand même que vous pouvez lui confier votre vie à ce mec, il assure (dans tous les sens du terme. Mais j’y reviendrai plus tard).

Augustin : lui aussi il a eu les cheveux longs. Et puis il les a coupés (décision qui ne fait pas l’unanimité). Il assure sur les voies avec des pas pleins de grâce (mais il paraît que je ne suis pas forcément objective). En fait pour le reconnaître facilement, c’est le mec qui se met à avoir la tremblote au niveau des jambes dès qu’il passe la première dégaine. Et qui préfère jeûner toute une journée plutôt que perdre 10 min de grimpe. Par contre il sera toujours prêt à perdre de précieuses minutes pour aider, accompagner ou vanner. Un passionné quoi.

Laurette : alors là c’est facile, c’est la fille qui rit tout le temps. Elle rit au sol, elle rit sur les voies. Elle rit quand elle tombe, quand elle galère sur un pas. Quand elle est fatiguée ou quand elle l’est pas. Quand elle a froid, quand elle a chaud, quand elle a faim ou pas. Et quand elle rit pas, elle discute. Elle a l’air de tellement kiffer sa vie qu’elle te fait forcément kiffer la tienne. Laure et l’escalade ça a mal démarré. Elle s’est inscrite en 2019. Et puis elle s’est blessée. Et puis y’a eu le confinement. Et puis elle s’est réinscrite en 2020. Et puis y’a eu le reconfinement. Mais tout ça avec le sourire évidemment (si vous avez suivi).

Théo : un mec tellement paisible qu’il apaiserait le plus nerveux d’entre nous. Et humble aussi. Le genre de mec qui te dis qu’il est pas du tout bilingue mais qui suit toutes ses études en anglais. Et il est patient aussi, et super pédagogue. Si tu galères sur une manip, en fait tu galères pas longtemps parce qu’il vient tout de suite t’aider. Et il t’aide pas juste 30 secondes, il va carrément te faire un cours avec exercices à l’appui. Et même si ça doit prendre du temps, il le prendra. Du coup ça fait tellement plaisir de le voir se défoncer sur une voie, parce qu’il se défonce toujours pour les autres.

Et moi, Lucile : petite nouvelle arrivée en septembre. Avec les salles qui ont fermées en octobre, je connais surtout la grimpe en extérieur. Et je m’arrête là pour la description, on aura bien l’occasion de se croiser.

Nous en voilà donc à donner tous les détails de l’organisation à nos camarades, lorsque Théo, la veille du départ, nous demande si le site est bien situé en Côte d’Or. Et c’est ainsi que Tristan fait face à sa première déconvenue.

« Ah p***** m**** c’est pas dans le Jura ? »

« Ah oui y’a deux Hauteroche en Bourgogne »

« Ouaaaaah mais du coup c’est super loin pour moi ! 350 kms d’autoroute en Twingo » (oui oui le premier modèle)

Et Tristan est venu. Et la Twingo a tenu.

Rendez-vous était donné sur le site directement. Une fois tout le monde arrivé à bon port, sous un beau soleil de printemps (les météorologues c’est tous des cons), on a vite enfilé nos baudriers pour commencer à profiter de notre w-e.

En tant que (presque) novice dans l’escalade, des sites j’en ai pas découvert des tas. Mais j’ai adoré celui-ci. Y’en a peut-être des mieux, mais ma petite expérience me permet quand même de dire qu’il y en a aussi des moins bien. La roche est belle, le cadre en forêt est magnifique (bucolique… ?), la marche d’approche est agréable et il y a un très grand choix de voies pour tous les niveaux et tous les goûts.

Pour Laure c’était une reprise après des mois sans grimpe. Mais qu’à cela ne tienne, dès ce premier jour elle a revu toutes les manips avec maître Théo, et s’est lancée dans la grimpe en tête. Et ce fut une réussite !

Les trois mâles se sont challengés dans du 6a, et les femelles ont pu admirer des styles (et des réussites) variés. J’ai d’ailleurs pu à cette occasion m’entraîner à l’assurage « dynamique » lorsque Théo n’a reculé devant aucune peur pour sortir un pas qui lui résistait. Après plusieurs chutes (et un bon exercice d’assurage pour moi) la voie a été sortie. Un bel exemple d’engagement.

Fin de la journée au pied des voies (ce couvre-feu arrive décidément trop vite), direction le camping.

Le gérant demande comme prévu le contrat signé à Augustin… qui a complètement oublié ce détail dans la préparation du w-e. Pas de complication à ce stade, tout est réglé à l’accueil et nous précisons que nous serons partis à 8h30 le lendemain. Et nous partons nous installer (et surtout nous poser après cette journée intense). A ce moment-là de l’histoire, l’idée générale c’était « on se douche rapidement, petit apéro le temps que le dîner chauffe, comme ça on mange tôt, et on se couche tôt pour être en forme demain ». Ça s’est pas tout à fait passé comme ça…

Dans l’ordre ça a donné : on se pose sur la terrasse et on arrive plus à décoller nos fesses car trop crevés. On se décide à partir (à tour de rôle) sous la douche mais entre chaque douche le suivant n’arrive toujours pas à décoller ses fesses car trop crevé. L’un d’entre nous a finalement assez d’énergie pour sortir l’apéro. Mais personne n’arrive à décoller ses fesses pour préparer le dîner car trop crevés.

Et puis faut dire que c’est tellement bon de se retrouver en terrasse au soleil de fin de journée, tous ensemble, après des mois de confinement et de désert social que la perspective d’aller s’enfermer devant une casserole d’eau bouillante ne motive personne. Le dîner a bien fini par se cuisiner (merci à Augustin. Je crois…) et on est passés à table… tard. Puis à la fin du dîner l’envie de faire un peu durer cette soirée était là. Alors on a été fous, on l’a fait. Je crois avoir entendu Tristan dire que ça faisait presque 18 mois qu’il avait pas fait de soirée entre potes, autour d’une table, d’un verre, d’un jeu. Alors oui évidemment on a été fous et on a fait durer cette soirée. Parce que ce petit retour à la vraie vie c’était tellement chouette. Et puis on était confiants, la nuit serait bonne, on allait bien récupérer…

« Allez bonne nuit à tous. A demain ! »

« Euh… vous avez des draps et des couvertures vous ? »

« Ah bah non… merde fallait en prendre ? »

« Ça devait être écrit dans le contrat que les draps n’étaient pas fournis »

Ah oui… le fameux contrat. La prochaine fois on pensera à le lire hein…

A ce moment-là, j’ai entendu : « Euh demain on s’est pas un peu enflammés en disant départ 8h30… ? » (question pertinente)

Celui qui a géré quand même c’est Théo. Lui il a pensé à se prendre un sac de couchage (prévoyant ? habitué ? visionnaire ?). Et il en avait un pour Laure aussi (la meuf a des contacts). Pour les trois autres et bien ça a été nuit tout habillé (Tristan avec les pieds dépassant du matelas. Augustin avec les moustiques qui l’ont assailli. Et moi-même enroulée dans mon écharpe).

Autant dire que le réveil a été dur. Et les courbatures n’étaient pas seules en cause. Mais grâce à notre discipline légendaire, tout était rangé, plié, nettoyé pour un départ à 8h30.

Et retour aux pieds des voies pour la seconde journée. Toujours au soleil (les météorologues…).

Tristan s’amuse dans des voies en dévers, avec bombés, qui demandent de la force dans les bras. Il nous en vend une à Laure et moi. On se lance. Résultat Laure reste bloquée au 3e pas, et moi je me maudis de m’être embarquée là-dedans parce que les dévers, les bombés, je déteste. Le topo date de 2007, et pleins de nouvelles voies ont été ouvertes depuis. Alors niveau cotation on ne sait pas toujours. On regarde, ça a l’air sympa, on tente.

Théo arrive au sommet d’une voie et au moment de redescendre on entend :

« Emeline lâche le rocher. Il faut que tu lâches le rocher là… »

C’est le groupe à côté. Une jeune femme tétanisée sur sa voie, agrippée au rocher comme si sa vie en dépendait (et en vrai c’est un peu le cas…), incapable de s’asseoir dans son baudrier pour la descente. Il n’en fallait pas plus à notre valeureux chevalier Théo pour voler au secours de cette demoiselle en détresse !

Au diable la dégaine laissée sur la voie, Laure ira la récupérer (« Hein ? Quoi ? Moi ? Heu ok… » dixit l’intéressée) et voilà Théo parti en traversée pour sauver cette belle inconnue.

Pendant ce temps-là Augustin grimpe. Persuadé qu’avec la fatigue il n’allait pas faire de miracles, finalement on le retrouve à sortir des voies exigeantes avec de beaux mouvs. Discret mais efficace.

Tristan repère une voie qui n’apparaît pas sur le topo mais qui le tente bien. Le début de la voie commence sur un grand bloc, et continue sur la roche, l’espace entre les deux créant une faille où une autre voie passe.

C’est justement cette voie que Laure emprunte pour aller récupérer la dégaine laissée par Théo. L’assurage m’est confié et au-delà de la faille je n’ai plus de visibilité sur Laure.

La grimpe dans la faille se déroule plus que bien pour Laure. Son sourire radieux nous le prouve, elle est à l’aise et sort de là sans encombre. Prise dans l’euphorie de la réussite elle décide de continuer plus haut et est décidée à récupérer cette fameuse dégaine. Et soudain c’est la chute. En tombant sa tête a tapé le rocher (et là on dit merci au casque) puis c’est au tour de son dos. Persévérante, elle décide de repartir mais n’arrive pas à revenir sur la voie. Tristan décide alors de venir m’aider pour la tracter sur ce passage difficile et ainsi éviter des risques. Dégaine sauvée, Laure au sol chargée d’adrénaline et une cohésion d’équipe efficace !

A mon tour de me lancer sur la voie qu’avait repérée Tristan, malgré un passage déversant (ma bête noire). Il l’a sortie et en redescend enchanté.

Tristan à l’assurage, j’y vais en tête. Je tente un crochetage talon (le premier de toute ma courte vie de grimpeuse. Pas peu fière) qui me permet de sortir le 2e pas. J’arrive en haut du bloc et dégaine sur la roche à gauche où continue la voie. J’engage et me retrouve dans le dévers à un mètre de la dégaine. Pas très à l’aise, je trouve des mains et de nouveau j’engage pour atteindre le point suivant. Et là je lâche. Je me souviens seulement être retombée sur le dos en haut du bloc, avec une douleur intense et ma tête tapant en arrière (et là aussi on dit merci au casque).

Ensuite je ne sais pas. Tristan me redescend très lentement sans que je puisse l’aider, il paraît qu’Augustin m’a appelée plusieurs fois mais je ne l’ai pas entendu. Arrivée au sol je veux juste me désencorder et m’asseoir.

Tout le monde est un peu secoué. On m’explique que Tristan a vraiment géré l’assurage. Que j’ai seulement tapé sur l’élasticité de la corde. Et c’est dans ces moments-là qu’on prend toute la mesure des consignes de sécurité. Du matos adapté, des nœuds contrôlés, un assurage qui nécessite une attention constante.

L’après-midi est déjà bien entamée, il va falloir penser à reprendre la route. On a même réussi à fatiguer Laure ! Seul Augustin décide de faire une dernière voie (quand je vous dis passionné).

Puis au-revoir Hauteroche… la tête pleine de souvenirs, l’envie que ça recommence, le corps meurtri mais l’esprit léger. Et quand la pluie nous tombe dessus sur la route du retour on lui crie « Vas-y tu peux tomber maintenant on s’en fout !! ». Même les bouchons en arrivant dans le 77 nous semblent supportables (ah on me souffle dans l’oreillette que non, les bouchons ont quand même bien fait c**** quand on était en plein dedans à cause du couvre-feu qui regroupe tout le monde au même moment sur les routes).

Et voilà, c’est la fin. Du week-end, de cet article que j’ai écrit pour en garder une trace, pour prolonger ce petit retour à la vie normale, en très bonne compagnie, en grimpe et en émotions fortes.

Vivement la prochaine fois !

5 commentaires sur Week-end à Hauteroche ou comment savourer le déconfinement (partiel)

  1. Je l’avais bien dit que les météorologues c’est tous des cons.

    Mais vous ai-je déjà parlé de la conspiration de la météo orchestrée par le gouvernement et les météorologues, dans le but de canaliser le tourisme ?

    Un jour je ferai un article … !

  2. Super article !! On a apprécié tes descriptions et les émotions que tu nous a partagées. Cela donne envie. Tks a lot !

  3. Un moyen de faire connaître cette discipline à travers un écrit très propre à Lucile et quelques photos qui montrent que le désir de s’évader est bien présent dans la tête de chacune et chacun. Un article qui en appelle d’autres !

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