C’est quoi ce charabia ?

Ben oui quoi? Le monde de l’escalade a son vocabulaire bien précis, totalement incompréhensible pour les débutants que nous sommes.

Alors que tu emplois toutes tes forces à tirer désespérément sur tes petits bras pour tenter d’attraper cette rogntudju!!! de prise et pouvoir te hisser misérablement de quelques centimètres supplémentaires; il te faut en plus mobiliser tout ton intellect pour décrypter le langage parfois très imagé du gars qui tente de t’expliquer comment faire pour parvenir au bout de cette galère, le même qui t’a présenté ça comme « une voie facile avec un pas un peu dur, mais t’inquiète c’est largement à ta portée!!! » – J’aurai dû me méfier quand j’ai vu cette lueur dans ses yeux et ce léger sourire…

Donc, comme je suis un bon samaritain, voici un petit lexique qui te permettra enfin de comprendre ce qu’on te raconte et par la même occasion d’éviter de passer pour « le bizuth » du groupe. Mais ! Parce qu’il y a toujours un mais, il en manque! « C’est quoi une lunule? », « Qu’est que ça veut dire quand c’est gazeux? ». Au début, j’ai commencé avec un petit paquet de mots ; mais plus mon « expérience » augmente, plus j’en découvre de nouveaux.

Partant du principe que, d’une part, je suis une vraie feignasse et, qu’en plus, j’ai aussi une vie en dehors de l’escalade; il faudra donc faire preuve de patience. Viendra un jour, une version plus conséquente et « sérieuse » qui te permettra d’évoluer dans le monde merveilleux de l’escalade.

En attendant, je me permets de poster cet échantillon. Bonne lecture.

Lexique

  • Corde – Sert à donner le « AAAAAHHHHH » du grimpeur. Une corde en mauvais état donne le meilleur ton mais casse irrémédiablement l’instrument à vent qu’est le grimpeur.
  • Baudrier ou baudard – Particularité physiologique du grimpeur par rapport au commun des mortels et qui explique son succès avec la gente féminine (ou masculine d’ailleurs): le grimpeur a un « Bau dard ».
  • « Prends-moi sec! » – Type de phrase usitée entre deux grimpeurs qui ont un « baudard ».
  • Assurer – Action de répondre « Ouaip c’est bon» lorsque le/la collègue demande « Tu me tiens bien là ? » tout en se demandant où on a bien pu mettre ce p@$ !# d’assureur.
  • Sécher – C’est comme « Tu me tiens bien là ? » mais à un moment critique généralement quand on sent la chute venir. Cri aigu, gros hurlement du fond des entrailles * SEEEEEEEEEEECC *
  • Croiter – Poser là sa croix: réussir son objectif (généralement une voie). S’utilise également avec une couleur lorsque l’activité est pratiquée en intérieur. Exemple « Hier, j’ai croité de la rouge en pagaille » ou encore « Moi c’était plutôt de la jaune en solde que j’ai croité ». Ce terme viendrait de l’habitude qu’ont les grimpeurs de cocher d’une croix sur leur topo la voie ou bloc qu’ils viennent de sortir, tel un trophée.
  • But – Prendre un but: inverse de croiter, échouer plus ou moins lamentablement.
  • Croix de fer- Position particulière dans laquelle peut se retrouver le grimpeur suite à des évènements incroyables, les membres étirés dans toutes les directions. C’est paradoxalement ce qui peut l’empêcher de croiter. La réaction commune à un quelconque conseil est: « Mais t’es malade, si je respire, je plombe »».
  • Yaniro- Inverse de la position précédente, tous les membres sont regroupés pour former un nœud auquel tout observateur extérieur ne comprend rien, généralement en dévers, suspendu par une seule main. « Mais non, ya pas moyen de passer autrement» dit le grimpeur qui essaye pour la 658ème fois, sans vouloir essayer autrement parce que c’est plus classe.
  • Morpho – Là c’est morpho: Excuse  généralement employée par les pratiquants mâles lorsque la voie demande un peu de souplesse.
  • Dülfer – Technique de progression consistant à tirer fort sur les bras et à pousser fort sur les jambes, mais plié et à l’horizontale, histoire de forcer deux fois plus qu’en grimpant normalement.
  • Plomber/Voler – Prendre un plomb: quitter sa position initiale contre son gré. Signifie aussi, accessoirement « se pendre » tout en sautant, histoire d’avoir un peu plus de dignité.
  • Poulie – Blessure au doigt qui a le bon goût d’être suffisamment bruyante lorsqu’elle se produit pour en faire bénéficier le/la collègue qui assure.
  • Dévers – Portion de la voie où le mur est anormalement retourné et où la tête est inexplicablement amenée à se cogner contre ce mur… Mr Isaac Newton n’a qu’à bien se tenir (le grimpeur aussi par la même occasion)
  • Steak – Jolie cicatrice à monter aux enfants, après un « jeté » raté. Le faux plat pourri je vais le tenir ! En escalade, le steak est toujours tartare.
  • Bouteille – En plus de désigner un récipient bien connu de nos amis, c’est aussi la forme de leurs avant-bras après leur première voie de la journée. « C’est bon ch’ui chaud» qu’ils disent.
  • Jolie – se dit d’une voie super-difficile mais que l’on a réussie (à l’opposé de foireuse, que l’on n’a pas réussie!). Le grimpeur préfère employer ce terme car ça fait classe !
  • Cachalot – autre technique de progression consistant à franchir une difficulté de la façon la plus disgracieuse possible, parce que de toute façon le grimpeur est au taquet (et que s’il s’y prend autrement il prend un plomb).
  • POOOOOO !!!!! – cri de victoire du grimpeur quand il vient de réussir un bloc ultime généralement après une vingtaine d’essai ou un énorme coup de stress (genre une chute imminente de 3m sur un tout petit crash-pad de 1 m²). Euphorie qui redescend très vite quand il s’aperçoit que finalement ça cotait 2a.
  • Sanglier (voie du) – courant de pensée avant-gardiste qui va révolutionner le monde de l’escalade dans les décennies à venir.

Matériel

  • Corde – Quand elle ne sert pas à se pendre après une défaite, elle sert à s’emmêler les pieds dedans, à enlever les nœuds dedans pendant que le grimpeur est dans un passage clé. On peut aussi faire des bonnes blagues, comme la laisser filer pour pimenter la descente.
  • Chausson – L’unique objet technique et super cher du grimpeur (le reste de sa tenue est souvent misérable genre tshirt et short troué. Il est à prendre au moins 5 pointures en-dessous, « Pour qu’ça adhère mieux». Pour débuter, mieux vaut prendre les plus chers du magasin, « C’est mieux pour faire des doubles crochets chauve-souris en carre externe dans les toits ! ». Pour savoir si un chausson est adapté à votre pied, il faut avoir l’impression d’être la belle-sœur de Cendrillon qui essaye le soulier de verre.
  • Magnésie – Surnommée à tort « pof », elle est le meilleur ami du grimpeur. Cette poudre blanche est reconnue d’utilité publique lorsqu’on ne sait pas quoi faire en grimpant : ça a un style fou d’en remettre en se reposant au-dessus du point. Elle est très utilisée aussi pour couper sa coke.
  • Casque – Truc moche et inconfortable, mais recommandé par la fédération. Ce conseil est scrupuleusement suivi : le casque est très utile comme oreiller pour faire la sieste, après avoir mis une doudoune par-dessus pour augmenter le moelleux. C’est d’ailleurs la seule utilité trouvée par les grimpeurs.
  • Crash-pad – Gros matelas, souvent confondu avec la carapace du grimpeur, il ne sert pas à grand-chose sauf à dormir entre deux blocs ultra-difficiles cotés entre 2 et 4c voire même dans les cas les plus extrêmes 5a+.
  • Vache – Animal ruminant sur lequel on s’attache en arrivant à un relais afin de s’auto-assurer. Seul le vachage à une vraie vache est considéré comme valide par la FFME (Fédération Française de Montagne et d’Escalade). Si le grimpeur s’arrime à autre chose (arbre, chaîne, hérisson, etc.), la voie ne sera pas validée.

(Cet article écrit par Manu dans un lointain passé en tant que post a été converti en page permanente)